Safety I & Safety II

Safety-I vs. Safety-I vs. Safety-II : comment évoluer vers une culture de sécurité résiliente ?

Pendant des décennies, la sécurité a été définie comme l’absence d’incidents.

Moins d’accidents, moins d’écarts, moins d’erreurs.

C’est la logique classique du Safety-I : la sécurité comme « le moins possible de choses qui se passent mal ».

Pour des risques prévisibles, ce modèle fonctionne. Les dangers techniques peuvent être maîtrisés par des règles, des procédures et des barrières. L’analyse des incidents fournit des enseignements utiles. Mais les organisations modernes sont des systèmes complexes. Les personnes travaillent avec la technologie, sous pression temporelle, dans des conditions changeantes. Dans ces environnements, la sécurité ne naît pas uniquement du contrôle, mais aussi de l’adaptation.

C’est là que le regard se déplace vers le Safety-II.

Le Safety-II définit la sécurité comme « le plus possible de choses qui se passent bien ». Cela paraît simple, mais le changement est fondamental. Le point de départ est que, chaque jour, les organisations réussissent à mener des activités complexes avec succès. Ce succès n’est pas le fruit du hasard. Il résulte du professionnalisme, de l’expérience, de la coopération et de micro-adaptations lorsque la réalité s’écarte du plan.

Le Safety-II ne remplace pas le Safety-I. Il l’enrichit.

L’analyse des incidents reste essentielle. Mais si l’on ne regarde que les erreurs, on apprend à partir d’exceptions. Si l’on analyse aussi les réussites, on apprend à partir du fonctionnement normal du système. Et c’est précisément là que se trouve le plus grand potentiel d’apprentissage.

Comment développer une mentalité Safety-II ?

Un changement culturel ne naît pas d’une keynote inspirante ni d’une affiche dans le couloir.

Il nécessite une trajectoire structurée.
Voici un chemin de croissance concret:

  1. Ancrage stratégique par le leadership
    • Organiser un briefing exécutif ciblé sur le Safety-II et la résilience organisationnelle (resilience engineering).
    • Lier explicitement la démarche à l’impact business : continuité opérationnelle, fiabilité, réputation, stabilité.
    • Clarifier pourquoi l’organisation entreprend cette évolution. Sans choix stratégique clair, cela reste une initiative théorique portée par les RH.
  2. Développer les connaissances et un langage commun
    • Former les professionnels de la sécurité et le management opérationnel aux concepts tels que work-as-imagined versus work-as-done.
    • Introduire les facteurs humains et la variabilité de performance : la variation n’est pas seulement un risque, elle est aussi source de succès.
    • Travailler sur la sécurité psychologique afin de permettre un reporting ouvert.
  3. Lancer un projet pilote
    • Choisir un département ou une activité critique.
    • Analyser systématiquement pourquoi cela fonctionne généralement bien.
    • Identifier les marges de manœuvre, les expertises informelles et les adaptations qui rendent le succès possible.
      Un pilote limite la résistance et fournit des exemples concrets.
  4. Intégrer le “Learning from Success” dans les structures existantes
    • Intégrer l’analyse des réussites dans les réunions opérationnelles ou les toolbox meetings.
    • Poser explicitement la question : pourquoi cela a-t-il bien fonctionné ?
    • Formaliser les enseignements et les partager entre équipes.
  5. Repenser les KPI et les tableaux de bord – quelques pistes
    • Nombre d’analyses “Learning from Success” par trimestre
      Mesure si l’organisation apprend activement du travail normal, et non seulement des incidents.
      Nombre d’initiatives d’amélioration issues du terrain Indicateur d’engagement et de sécurité psychologique ; reflet de la capacité adaptative. Cela montre si le succès est rendu visible et discuté ouvertement.
    • Nombre d’initiatives d’amélioration initiées par le terrain.
      Cela indique dans quelle mesure les collaborateurs partagent les écarts, les optimisations et les adaptations intelligentes. Une augmentation de cet indicateur reflète souvent un climat de sécurité psychologique et un fort engagement des collaborateurs. C’est un indicateur indirect de la capacité d’adaptation.
    • Capacité de résilience (indice de redondance ou de buffers)
      Par exemple : pourcentage de processus critiques disposant d’une capacité de back-up ou d’équipes multi-compétentes. Cela mesure la préparation à absorber la variabilité avant qu’un problème ne survienne. Cela donne une indication de la robustesse avant qu’un incident ne survienne.
Safety I & II

Ce que vous mesurez influence les comportements. D’autres indicateurs génèrent d’autres types de discussions..

  1. Développer la sécurité psychologique.
    • Encourager la transparence sur la manière dont le travail se déroule réellement.
    • Éviter toute réaction punitive face aux écarts par rapport aux procédures.
    • Encourager les leaders à adopter un comportement exemplaire, en privilégiant la curiosité plutôt que la recherche de coupables.
  2. Ancrer dans la gouvernance.
    • Intégrer le Safety-II dans les réunions CPPT, les revues de projets et les réunions de management.
    • Normaliser l’analyse des réussites, pas uniquement celle des incidents.
    • Relier la démarche aux objectifs stratégiques et à la planification à long terme.

L’essentiel est que le Safety-II ne devienne pas une couche supplémentaire, mais une nouvelle manière de regarder la performance.

Conclusion

L’évolution vers une mentalité Safety-II n’est ni une campagne ni un exercice de certification. C’est un changement fondamental de perspective. Il ne s’agit plus seulement de se demander comment éviter les erreurs, mais aussi comment le succès émerge et comment le rendre reproductible.

Les organisations qui opèrent ce déplacement renforcent leur résilience. Elles comprennent mieux le fonctionnement réel de leurs systèmes et développent leur capacité d’adaptation. Dans un monde où la complexité est la norme, cela devient un avantage stratégique

Voudrais-tu en savoir davantage’? Voici de la lecture que nous recommandons:

  • Hollnagel, E. (2014). Safety-I and Safety-II: The Past and Future of Safety Management.
  • Hollnagel, E., Woods, D. & Leveson, N. (eds.). Resilience Engineering: Concepts and Precepts.
  • Dekker, S. (2014). The Field Guide to Understanding Human Error.
  • Ham, H. (2021). Safety-II and Resilience Engineering in Practice.
  • Scanlon, M. & Jacobson, J. (2025). Safety-I, Safety-II and New Views on Safety. PSNet.
  • No, H. & Cha, S. (2025). Integrated Framework for Implementing Safety-I and Safety-II.
Image de Michaël Marbais

Michaël Marbais

Entrepreneur et conseiller en prévention niveau 1.
En tant que dirigeant de Kingsm3n et Ken Do It, il aide les entreprises à concrétiser la sécurité, la sûreté, le leadership et les politiques centrées sur l’humain – dans chaque routine comme dans chaque situation de crise.

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